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Chômage : la France, cancre de l’Europe et de l’UE

Dans une récente apparition, le président Emmanuel Macron s’est vanté d’avoir réduit le taux de chômage en France à son plus bas niveau depuis 15 ans (et non depuis quarante ans comme l’avait affirmé le parti Renaissance en février). Cependant, ces affirmations prêtent à controverses. On sait que les chiffres du chômage en France ont souvent été l’objet de débats et de critiques quant à leur exactitude. De plus, une réforme de l’assurance chômage, passée discrètement en octobre 2022, a changé la donne et a contribué à des interrogations supplémentaires quant à la réalité de la situation du marché du travail en France et à la précarité.

Malgré ces transformations et les affirmations optimistes du président Macron, la France reste l’une des plus mauvaises élèves de l’Union Européenne en matière de chômage, se classant 23ème sur 27 pays. Cette réalité contraste avec le tableau souvent peint par le gouvernement actuel.

Chômage en UE : la France, mauvais élève, se classe 23ème du classement

En observant le tableau des taux de chômage par pays pour mars 2023, il apparaît que la France se situe à la 23ème place sur 27 parmi les pays de l’Union européenne, avec un taux de chômage de 7,1%. Cela signifie que la France est très en-dessous de la moyenne européenne en termes de performance sur le marché de l’emploi.

Pays Taux de chômage en mars 2023
1République tchèque2.6%
2Pologne2.8%
3Malte2.9%
4Slovénie3.2%
5Pays-Bas3.4%
6Bulgarie3.7%
7Irlande3.9%
8Hongrie3.9%
9Autriche4.5%
10Danemark4.6%
11Luxembourg4.7%
12Allemagne5.6%
13Estonie5.4%
14Roumanie5.4%
15Belgique5.9%
16Slovaquie6%
17Lituanie6.4%
18Lettonie6.5%
19Finlande6.5%
20Croatie6.2%
21Chypre6.8%
22Portugal6.9%
23France7.1%
24Suède7.2%
25Italie7.8%
26Grèce10.9%
27Espagne12.8%

Pays hors de l’UE

Pays Taux de chômage en mars 2023
Royaume-Uni3.9%
Suisse4.3%
Norvège3.7%
Russie4.3%
Islande3.6%

En premier lieu, il est frappant de constater que plusieurs pays d’Europe de l’Est, tels que la République tchèque (2,6%) et la Pologne (2,8%), affichent des taux de chômage très bas. Ces pays, qui ont subi de profondes transformations économiques depuis la chute de l’U.R.S.S., ont réussi à mettre en place des politiques efficaces de formation et d’insertion professionnelle, permettant à leurs citoyens de trouver rapidement un emploi.

Les pays du Nord de l’Europe, tels que les Pays-Bas (3,4%) et le Danemark (4,6%), sont également très performants en matière de taux de chômage. Ces pays sont connus pour leur modèle social qui combine flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les travailleurs. Leur politique dite de “flexisécurité” semble porter ses fruits en termes de taux de chômage.

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Le cas de l’Allemagne est également intéressant. Avec un taux de chômage de 5,6%, elle se place bien devant la France. L’Allemagne a bénéficié ces dernières années de réformes du marché du travail qui ont permis de réduire le chômage et d’améliorer la compétitivité des entreprises.

A l’inverse, la France, avec son taux de 7,1%, se situe derrière des pays comme le Portugal (6,9%) et la Croatie (6,2%). Cela montre que la situation sur le marché du travail reste préoccupante en France, malgré une certaine amélioration par rapport aux années précédentes.

Il est également intéressant de noter que la France se situe également derrière certains pays hors de l’UE, tels que le Royaume-Uni (3,9%) et la Suisse (4,3%). Ces pays ont réussi à mettre en place des politiques efficaces d’emploi et de formation professionnelle, qui leur permettent d’afficher des taux de chômage plus faibles que la France.

Les mensonges de la Macronie sur le taux réel du chômage en France

Le gouvernement Macron s’était félicité à plusieurs reprises de la baisse significative du chômage en France, mettant en avant un chiffre de 2,2 millions de personnes au quatrième trimestre 2022, soit 7,2% de la population active. Cependant, il est crucial de comprendre que ce chiffre n’est qu’une partie de la réalité du marché du travail en France.

L’Insee, dont la méthode de calcul est retenue par le gouvernement, définit un chômeur selon des critères précis établis par le Bureau international du travail (BIT) : être sans emploi, disponible pour travailler et actif dans la recherche d’un emploi. Si cette définition semble à première vue simple et rationnelle, elle exclut un grand nombre de personnes en situation de précarité sur le marché du travail, y compris ceux qui travaillent à temps partiel mais recherchent un emploi à temps plein, ceux qui ont renoncé à chercher un emploi par découragement ou encore ceux qui ne peuvent pas travailler en raison de contraintes personnelles ou de santé.

La critique de François Ruffin, député de La France insoumise, sur le chiffre de l’exécutif était donc légitime. En citant le rapport du Haut-Commissaire à l’emploi de Thibaut Guilluy, Ruffin révèle un autre chiffre, plus alarmant : 5,1 millions de personnes en France auraient besoin d’un emploi. Ce chiffre inclut non seulement les chômeurs au sens du BIT mais aussi les personnes dans le halo du chômage, les bénéficiaires du RSA, et d’autres personnes en situation précaire. Ce qui porterait le taux de chômage réel en France à 17% au lieu des 7,2% annoncés !

En choisissant de présenter le taux de chômage selon la définition du BIT, le gouvernement peut certes afficher des résultats flatteurs. Mais cette représentation ne reflète pas entièrement la réalité de la situation de l’emploi en France. Cela pourrait être perçu comme une tentative délibérée de masquer l’ampleur réelle du chômage pour dissimuler une mauvaise gestion de la politique de l’emploi. Ce qui explique le très mauvais classement de la France en Union européenne (voir plus haut).

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La divergence entre ces deux chiffres soulève des questions fondamentales sur la transparence et l’honnêteté dans la communication des statistiques officielles. L’utilisation des chiffres de l’Insee par le gouvernement pourrait être considérée comme une stratégie politique destinée à embellir la réalité du chômage en France.

Baisse artificielle due à la réforme de l’assurance chômage d’Emmanuel Macron

La baisse apparente du chômage en France peut être expliquée en partie par la réforme de l’assurance chômage.

  1. Modification de la définition du chômage : Les changements dans la manière dont les chômeurs sont comptabilisés peuvent avoir un impact significatif sur le taux de chômage. Par exemple, si le refus de deux CDI ou l’abandon de poste sans motif légitime conduit à l’inéligibilité à l’assurance chômage, ces individus peuvent ne plus être comptabilisés comme chômeurs, réduisant ainsi le taux de chômage.
  2. Modulation de la durée d’indemnisation : La réforme Macron de 2019 mise en place en 2022, qui modifie la durée d’indemnisation en fonction de l’état du marché du travail, peut encourager les individus à accepter plus rapidement un emploi pour éviter de voir leur indemnisation réduite. Cela peut accélérer le retour à l’emploi et donc réduire le taux de chômage.
  3. Incitations à l’embauche à long terme : La réforme vise également à lutter contre le recours abusif aux contrats courts et à inciter les entreprises à embaucher sur des emplois de longue durée grâce à un système de bonus-malus. Cela pourrait conduire à une stabilisation de l’emploi et à une réduction du chômage.

Cependant, il est important de noter que bien que ces réformes puissent contribuer à une baisse du taux de chômage, elles ne reflètent pas nécessairement une amélioration globale de la santé économique ou de la qualité de l’emploi. Par exemple, si les individus sont poussés à accepter un emploi rapidement pour éviter une réduction de leur indemnisation, ils pourraient se retrouver dans des emplois précaires ou sous-payés. De plus, les travailleurs indépendants et ceux sur des contrats courts pourraient être particulièrement vulnérables.

En somme, ces réformes pourraient réduire le taux de chômage rapporté, mais elles pourraient également masquer des problèmes sous-jacents du marché du travail, comme la précarité, l’insécurité de l’emploi ou les inégalités salariales.

Vieillissement de la population en France : un facteur qui influence le chômage

L’effet du vieillissement de la population active sur le taux de chômage en France au cours de la période 2008-2021 a été marqué par des tendances contradictoires. D’une part, le départ à la retraite des travailleurs plus âgés peut libérer des postes pour les jeunes chercheurs d’emploi, ce qui pourrait contribuer à réduire le chômage. D’autre part, le vieillissement de la population active peut également entraîner une réduction de la participation au marché du travail, ce qui peut influencer le taux de chômage de manière complexe.

D’une part, le départ à la retraite des travailleurs plus âgés peut ouvrir des opportunités d’emploi pour les jeunes générations. Lorsque les travailleurs plus âgés quittent le marché du travail, cela crée des postes vacants qui peuvent être pourvus par de nouveaux demandeurs d’emploi. Cela peut contribuer à réduire le chômage, car les jeunes travailleurs ont souvent plus de difficultés à trouver un emploi en raison de leur manque d’expérience professionnelle. Le départ à la retraite peut donc offrir de nouvelles opportunités d’emploi pour les jeunes générations et contribuer à la baisse du chômage.

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D’autre part, le vieillissement de la population active peut également entraîner une réduction de la participation au marché du travail. Les travailleurs plus âgés peuvent choisir de prendre leur retraite anticipée ou de réduire leurs heures de travail à mesure qu’ils avancent en âge. Cela peut résulter en une diminution de la main-d’œuvre disponible sur le marché du travail, ce qui peut influencer le taux de chômage de manière complexe. Si la réduction de la participation des travailleurs plus âgés n’est pas compensée par une augmentation de l’activité des jeunes travailleurs, cela peut conduire à une diminution de l’offre de main-d’œuvre et à une stagnation, voire à une augmentation du chômage.

Il est également important de considérer d’autres facteurs qui peuvent influencer l’impact du vieillissement de la population active sur le taux de chômage. Par exemple, les politiques gouvernementales et les réformes du marché du travail peuvent jouer un rôle dans la promotion de l’emploi des jeunes et des travailleurs plus âgés, ainsi que dans l’encouragement de la prolongation de la vie active. Les mesures incitatives à l’embauche pour les jeunes, les programmes de formation professionnelle et les politiques de retraite peuvent tous avoir un impact sur la relation entre le vieillissement démographique et le taux de chômage.

Conclusion

En conclusion, la France se classe au 23ème rang sur 27 pays de l’Union européenne en termes de taux de chômage en mars 2023. Cette position peu enviable témoigne des défis persistants sur le marché de l’emploi français. Alors que certains pays d’Europe de l’Est et du Nord affichent des taux de chômage particulièrement bas, la France reste en deçà de la moyenne européenne.

Le vieillissement de la population active en France a eu des effets mitigés sur le taux de chômage. D’une part, le départ à la retraite des travailleurs plus âgés peut libérer des postes pour les jeunes chercheurs d’emploi, contribuant potentiellement à réduire le chômage. D’autre part, la réduction de la participation au marché du travail par les travailleurs plus âgés peut influencer le taux de chômage de manière complexe.

Il est important de noter que la baisse apparente du chômage en France peut être attribuée en partie à la réforme de l’assurance chômage, qui a modifié la manière dont les chômeurs sont comptabilisés et a encouragé le retour à l’emploi plus rapide. Cependant, ces réformes ne reflètent pas nécessairement une amélioration globale de la situation de l’emploi, et elles peuvent masquer des problèmes tels que la précarité et l’insécurité de l’emploi.

En fin de compte, il est essentiel de prendre en compte la réalité complexe du marché du travail en France et de mettre en œuvre des politiques efficaces pour stimuler l’emploi, favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et assurer la qualité des emplois créés. Le chômage reste un défi majeur à relever, et il est crucial d’adopter une approche holistique et équilibrée pour promouvoir un marché du travail dynamique et inclusif.

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