Pourquoi les sondages sont-ils majoritairement faux ?

Mis a part en 2007, les instituts de sondage se sont systématiquement trompés dans les intentions de vote pour les élections présidentielles françaises, à l’instar du vote pour le Brexit, de la victoire de Trump, des résultats des primaires et de bien d’autres. Pourquoi les sondages sont-ils donc très souvent faux et quel est l’impact ont-ils sur les électeurs ?

 À six mois d’une élection présidentielle, leurs prévisions ne sont correctes que dans un cas sur huit. À trois mois, dans un cas sur trois. Toutes consultations électorales confondues, même les dernières estimations se révèlent approximatives ou erronées dans environ un scrutin sur deux.

Alexandre Dézé – Livre « 10 leçons sur les sondages politiques »

Présidentielles – des sondages faux en 1995 et 2002

Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 1995, c’est bien le duel Jospin-Chirac qui est annoncé depuis des semaines par l’ensemble des instituts de sondage. Malheureusement pour eux, Jospin ne sera même pas présent au second tour !

Pire encore, la présidentielle de 2002 fait figure de « crash sondagier« . Dans les dernières semaines de campagne, aucun institut de sondage n’avait vu la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour. A un mois du premier tour, le candidat d’extrême droite n’était pourtant qu’annoncé autour de 10-12%, puis à 13,5% à quelques jours du premier tour !

Présidentielles – des sondages faussés en 2012 et 2017

Des affaires viennent bouleverser les deux dernières élections présidentielles et par conséquent, les sondages.

En 2011, Dominique Strauss-Kahn arrive largement en tête avec 34 % des intentions de vote, devant Marine Le Pen (21 %) et Nicolas Sarkozy (17 %). Mais l’affaire du Sofitel de New York l’oblige à ne pas se présenter aux élections présidentielle. Fin mars 2012, à moins d’un mois des élections présidentielles, le président sortant Nicolas Sarkozy est en tête des sondages de tous les instituts, sauf d’Ipsos. François Hollande finira vainqueur à la surprise générale des sondeurs !

Le 25 janvier 2017, le Canard Enchaîné affirme que Penelope Fillon a été rémunérée 500 000 euros brut pour des emplois d’attachée parlementaire auprès de son mari François Fillon et son suppléant Marc Joulaud entre 1998 et 2007 et en 2012. Juste avant cette affaire, dite « Fillon », en janvier 2017, Marine Le Pen est donnée vainqueur devant François Fillon. Emmanuel Macron n’apparait qu’en troisième position et finira pourtant par emporter les élections présidentielles.

D’autres sondages faux

Le Brexit : La veille du référendum britannique, les études les plus pessimistes prévoyaient une défaite du Brexit avec 49% de votants en faveur de la sortie de l’Union européenne. Au final, 52% des Britanniques ont voté pour.

L’erreur des sondeurs britanniques n’est pas inédite. Alors qu’ils donnaient travaillistes et conservateurs au coude à coude (34%) à la veille des législatives de mai 2015, les derniers avaient gagné avec un avantage de 7 points. Conséquence : David Cameron a pu former une majorité au Parlement sans les libéraux-démocrates, partisans historiques de l’Union européenne.

L’élection présidentielle américaine de 2016 : la plupart des observateurs étaient catégoriques, ou presque : Hillary Clinton allait être élue présidente des Etats-Unis le mardi 8 novembre. Et pourtant, c’est bien Donald Trump qui l’a emporté, avec une large avance !

Capture d’écran de la moyenne nationale des sondages calculée par le « New York Times » avant l’élection du 8 novembre 2016

Les Régionales : Le comparatif avant-après est cruel pour les instituts de sondage. Le parti de Marine Le Pen était donné en tête dans plusieurs régions, notamment en Bretagne, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val-de-Loire, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, et Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), à en croire plusieurs enquêtes Ipsos/Sopra Steria pour France Télévision et Radio France. A l’arrivée, seul Thierry Mariani, tête de liste du Rassemblement national (RN) en Paca, termine en première position.

Et tant d’autres sondages faux et erronés ont eu lieu dont nous ne pouvons pas donner la liste exhaustive.

Les sondages de l’élection présidentielle française de 2022 reflètent-ils la réalité ?

Les instituts de sondage officiels « Mainstream » donnent Emmanuel Macron gagnant depuis le début, alors qu’il est détesté par beaucoup. Sa cote de popularité n’a fait bizarrement qu’augmenter depuis un mois, passant de 20% à 31% ! Avec un léger recul ces derniers jours à cause du « McKinsey Gate » et du « Rothschild Gate« .

Ces sondages seront largement relayés par les médias « Mainstream » pour influencer les votes des électeurs.

Pourtant, vendredi 4 mars 2022, RTL lance un sondage sur Twitter en posant la questions suivante : « Présidentielle : souhaitez-vous la réélection d’Emmanuel Macron ? ». Après 7 heures et 7 minutes, alors que le sondage devait durer 24 heures, RTL le retire de Twitter car 42.498 votants donnait Emmanuel Macron à seulement 16% ! Loin des résultats que veulent nous faire croire les instituts de sondage « Mainstream ».

La Chaîne « Juste Milieu » réalise un sondage des présidentielles 2022 qui donne Emmanuel Macron à 0.43% auprès d’un échantillon de 54.875 votants au 1er avril 2022. Dans ce cas et contrairement au sondage de RTL, il est normal qu’Emmanuel Macron soit aussi bas car la communauté de votants de la chaîne YouTube est plutôt contre.

Résultats du sondage de « Juste Milieu » au 1er avril 2022

L’application QOTMI qui défie les traditionnels sondages d’opinion grâce à l’intelligence artificielle, place Eric Zemmour en tête en janvier. Désormais, c’est Emmanuel Macron qui est donné vainqueur le 2 avril, mais c’est Eric Zemmour et non Marine Le Pen qui est au second tour, contrairement à ce que prétendent instituts de sondages « Mainstream ».

Sondage d’opinion de QOTMI au 2 avril 2022

Didier Maisto nous dit que les sondages sont faux

Didier Maisto, ex PDG de Sud Radio et expert en sondages depuis plus de 20 ans, nous explique dans les « Incorrectibles », émission animée par Eric Morillot, que les sondages sont faux.

Il expose le fait que les instituts de sondage français sous-traitent les panels à des sociétés spécialisées dans cette discipline plutôt que de les intégrer comme avant. Ces panelistes n’appellent plus les sondés mais les recrutent sur Internet en contrepartie de cadeaux. Le problème réside dans le fait que les personnes qui répondent à ces sondages d’opinion, sont en fait des internautes qui le font de manière vénale sans aucun contrôle. En effet, vous pouvez vous inscrire librement pour répondre aux sondages en indiquant un faux nom, une fausse adresse e-mail, un faux profil en somme. Mais le pire est que vous pouvez vous inscrire autant de fois que vous aurez d’adresses email différentes. Il n’est donc pas difficile pour un parti politique de recruter 2/3 stagiaires pour voter des centaines de fois pour un même candidat présidentiel. La triche est donc facilement permise.

Un fois les panels atteints (entre 1000 et 1500 personnes seulement) les instituts de sondage appliquent un « redressement » dont le secret de fabrication n’est jamais dévoilé. Autant dire que cette opacité permet toutes les tricheries imaginables.

Mais le pire pour influencer les sondages est la façon dont les questions sont posées. Didier Maisto nous explique dans la vidéo se trouvant ci-dessous comment, pendant le COVID-19, un institut de sondage à pu présenter une enquête d’opinion en trichant sur les résultats : 81% étaient soi-disant favorables au vaccin contre le COVID-19 alors qu’en réalité, seuls 25% étaient réellement pour. Comment ont-ils pu modifier les résultats ? En tronçonnant les questions de la manière suivante :

Vaccin contre le COVID- 19, êtes-vous :POUR
Tout à fait POUR
Plutôt POUR
Pas trop POUR

Si vous regroupez les quatre « POUR », vous obtenez dans cet exemple, 81% de sondés qui sont pour le vaccin contre le COVID-19 au lieu des 25% qui avaient répondu seulement au premier « POUR ». Voilà comment les instituts de sondages peuvent facilement orienter les résultats en fonction de la demande de leurs clients.

Pascal Praud fait une confidence sur les sondeurs dans son émission

Pascal Praud nous confie, lors de son émission « l’Heure des pros », avoir eu une discussion avec un responsable d’un des instituts de sondages « Mainstream ». Cette personne lui indiquait « qu’ils étaient tous perdus » concernant les élections présidentielles de 2022 ! Eric Zemmour a fait la même confidence ce week-end dans l’émission de LCI d’Adrien Gindre.

Quelles conséquences ont ces faux sondages sur l’opinion ?

Les sondages ne mesurent pas l’opinion, ils la fabriquent. Quand on a compris ça, on a tout compris des sondages !

Les faux sondages permettent de manipuler l’opinion et de pousser une majeure partie des électeurs à changer leur vote dès le premier tour. En effet, pour toutes les personnes qui hésitent, les sondages d’opinion leur font croire que c’est perdu d’avance pour tous les candidats qui se trouveraient dès la troisième position. Ces votants vont donc voter pour un autre candidat si un des deux premiers ne fait pas partie de leur choix initial. Le but est de faire barrage plutôt que de voter librement. Et c’est là que la manipulation opère, car la stratégie de vote pour un premier tour devient celle d’un deuxième tour. Car normalement, on choisit au premier tour des élections et on élimine au deuxième.

Les faux sondages vont dont pousser une majorité des électeurs à éliminer au premier tour au lieu de choisir leur candidat !

En ce qui concerne ces élections présidentielles de 2022, le but pour Emmanuel Macron est donc d’écarter du deuxième tour, son adversaire le plus dangereux, à savoir Eric Zemmour et de favoriser plutôt Marine Le Pen, car il serait sûr de gagner une nouvelle fois.

Tricher permet d’avoir plus de temps de parole dans les médias TV

Depuis 2017, c’est l’équité du temps de parole qui prime pendant une large partie de la campagne. La présence des candidats doit être proportionnelle à leur « représentativité » et leur « implication effective » dans la campagne. C’est aux médias d’estimer le temps imparti à chaque candidat en fonction de plusieurs éléments, selon deux critères définis par l’ARCOM (anciennement le CSA).

De nouvelles règles spécifiques du décompte sont entrées en application le 1er janvier 2022 :

Les règles de décompte du temps de parole des candidats à l’élection présidentielle diffèrent donc selon la période électorale :

  • en temps de précampagne présidentielle, du 1er janvier au 7 mars 2022, une équité de temps de parole relative à la représentativité des candidats (présence sur les réseaux sociaux, meetings et déplacements…) doit être respectée ;
  • du 8 mars, date de publication au Journal officiel de la liste des candidats, au 27 mars une « équité renforcée » doit être respectée, tenant compte de la représentativité des candidats et de leur contribution à l’animation du débat public ;
  • pendant la campagne officielle qui commence le 28 mars et qui se termine la veille du premier tour de scrutin, une stricte égalité entre les candidats doit être appliquée. 

On comprend mieux l’intérêt pour certains partis de vouloir fausser les sondages. Cela leur permet de gagner du temps de présence dans les médias TV et surtout, pat la même occasion, d’en retirer à leurs concurrents. Il est a noter que les règles ont changé deux fois depuis 2017, date à laquelle Emmanuel Macron est au pouvoir !

Pour aller plus loin sur les faux sondages :

3 réflexions sur “Pourquoi les sondages sont-ils majoritairement faux ?

  • 4 avril 2022 à 04:29
    Permalien

    Excellent article qui fait état d’un sujet important à niveau national voire international.
    Merci beaucoup pour les remarquables recherches, et liens en annexes. D’autant que les sources sont fiables.
    Bien rédige et rapide à lire. Nous sommes tous concernés alors merci encore de nous éclairer une fois de plus !

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